IBIDEM

EX_SITU Fleurance 37

IBIDEM est une célébration anarchique et poétique d’un lieu et d’une rencontre, une méditation rythmique et physique sur les traces que nous laissons derrière nous, dans un monde qui se transforme plus rapidement que nous.

OBRA Theatre va créer un paysage aux multiples langues et instruments de musique, tissé d’anecdotes quotidiennes, de science approximative, de mensonges et de fantastique. Ce monde sonore, entraîne constamment dans son sillage une physicalité rigoureuse et engagée. En proximité du public sur un plateau nu tri frontal, les artistes et leur langage évoluent et passent d’une chorégraphie dynamique à des actions finement détaillées.

IBIDEM questionne l’obsession de la société quant à sa propre croissance et à son évolution, qui vient s’opposer aux sites et paysages qui nous ancrent dans notre patrimoine, tout comme les histoires qui peuvent nous révéler nos possibles futurs. Créé à la suite de nos entrevues avec des habitants de communes rurales, et de résidences artistiques dans des bâtiments abandonnés, IBIDEM explore des changements sociétaux, des rites oubliés à travers des territoires et des espaces architecturaux variés.

Dans une boîte noire, un boulodrome, une salle des fêtes ou un parking souterrain, OBRA partage l’art essentiel de la parole, du mouvement et du son, tout en invitant le public à se poser des questions : qu’est-ce qui disparaît, que devrions-nous protéger, qu’avons-nous obtenu et qu’est-ce qui a déjà été perdu ?

O+MstairsNOTE D’INTENTION

En 2017, j’ai lu “Pond” de Claire Louise Bennett. Dans ce roman, un passage m’a particulièrement intéressé sur notre rapport aux territoires dont nous ne sommes pas originaires. Sans connaître les noms et l’histoire d’un lieu, on sera toujours un étranger.
Comme contrepoint à cette théorie, Bennett stipule que sans cette connaissance du passé, on peut faire l’expérience d’un paysage, de l’architecture et de la culture, avec un regard neuf et une sensibilité plus développée : il ne reste que l’expérience pure. Ceci, a été le point de départ de la création d’IBIDEM. Etant d’origine britannique, vivant dans une commune rurale en France, et parlant plusieurs langues, ces questionnements sur le territoire, l’identité et des expériences bouleversantes personnelles liées à cet environnement, sont venus nourrir la création de IBIDEM.

J’ai toujours eu une fascination pour les traces que les gens laissent derrière eux, dans l’architecture, les objets oubliés, les vieux graffitis, et dans les souvenirs et histoires personnelles que les gens partagent. Je me sens particulièrement à ma place dans des paysages où le regard porte loin, et dans les vieux bâtiments. Pourquoi y-a-t’il des lieux qui résonnent si fort en nous même quand nous n’avons pas de relation ou d’histoire avec eux ? Quels sont les paysages et les bâtiments qui provoquent en nous une sensation d’enracinement et d’appartenance ? Pouvons-nous nous installer dans un endroit où nous ne partageons pas la même langue ou la même culture ?
O+Rabbatoir2
IBIDEM me permet de satisfaire mon désir d’être à la fois archéologue, anthropologue, archiviste et de m’engager dans de nouveaux domaines de recherches : les échanges et mutations d’ADN, la neuroscience, les sciences du sommeil, la géographie de l’agriculture – le remembrement, l’extinction d’une race animale. J’ai passé des heures à échanger avec des gersois ces dernières années, pour mieux connaître mon département d’adoption. En partageant des festivités traditionnelles et culturelles de mon territoire (le tue-cochon, les bals gascons, les fêtes locales…), j’ai aussi découvert les histoires cachées qui ont déchirées ces communautés.
Pour cette création, je vais retourner dans ma ville natale, dans le Bedfordshire en Angleterre – une ville maraîchère maintenant devenue une ville dortoir. J’ai échangé avec des personnes qui ont traversé des changements industriels et technologiques majeurs pendant leur vie, et j’ai pu percevoir comment cela a transformé leur commune, leur travail et leur vie familiale. Cela m’a permis de mieux connaître mes propres voisins et de définir pourquoi je me sens ici chez moi, dans le Gers. Nous nous trouvons au milieu d’une révolution numérique, et pour être honnête, je n’y participe pas. Travailler sur IBIDEM me confronte au fait que de mon vivant, le monde a déjà changé irrévocablement, et je n’ai aucune idée de ce que va être l’avenir.
Mel
IBIDEM c’est posséder notre héritage : nos meilleurs succès, nos échecs et nos fautes. C’est quand les individus prennent leur responsabilité au nom de l’espèce humaine, c’est aussi se sentir inexorablement relié à toutes traces laissées sur terre. Cela légitime notre rôle comme porteurs d’histoires, qu’elles soient fantastiques, dérangeantes, sans intérêt ou une pure exagération.
IBIDEM, se pose aussi dans cette soudaine sensation de l’infiniment petit et de l’infiniment grand.
C’est communiquer sans partager de langue commune.
C’est suivre son instinct et graver son nom dans un arbre.
C’est l’importance des noms et l’absurdité de nommer les choses.
C’est l’image d’un écran qui vacille, un diamant qui crisse sur les sillons d’un disque, une radio mal réglée qui transmet tout et rien.

The earth died screaming, while I lay dreaming… – Tom Waits

Tu as consacré ta vie avec la construction de ta patrie – Sorry Bamba